Il fait vert dehors la Normandie et j'écoute Saez -chose irrégulière précisons-le- en préparant des pates au fromage.
Comme tous, les paroles de Saez exhubent un sexisme boueux. Moins que certains, plus que d'autres. Mais mon féminisme n'est plus ce qu'il était. Il n'est plus un filtre obvious sur ma perception du monde, il est devenu ma vision du monde et me lacère à l'interieur que j'utilise le pronom masculin pour le définir. Il n'est pas non plus ce qu'il était parce qu'il a été rejoint par d'autres visons également. Par des visions que j'ai du mal à mettre en parallèle avec mes luttes parisiennes passées. Aujourd'hui, je ne regarde pas une personne qu'à travers un filtre socio-économique mais aussi à travers un filtre disons, spirituel ? Je suis intimement convaincue que tout se passe pour une raison précise et inconnue. Que nous sommes toustes enfant.es de la Nature. Toustes inconscient.es et toustes divin.es. Mais.
Une femme ne peut pas dénoncer son agresseur sans crainte, le peuple tibétain parmi tant d'autres est persécuté et des organisations afro-féministes ne peuvent rien faire sans que leur combat soit retourné contre elleux.
Et dans tout ça. Comment croire que chaque personne est divine. Comment croire que l'on fait toustes partie d'une même énergie, d'une même chose infiniment vaste et juste. Comment des atrocités peuvent-elles exister. La question n'est pas plus compliquée que ça. Et pourtant, la réponse, m'est plus difficile à trouver que la réponse à pourquoi la vie.
Des fois j'essaie de regarder les choses de plus haut, plus haut en mode tout le malheur et le bonheur du monde s'égalisent à un niveau. C'est réconfortant pour ma vie de fromage fondu sur des pates. Puis je me vois expliquer ça à une femme subissant les violences de son mari. "Mais t'inquiète, de toute façon, au final, tout s'égalise, tu souffres et tu vis dans la peur constante, mais à des kilomètres, y'a une personne en train de vivre sa vie rêvée de hippie écoloe, donc tout est ok"
Ces pensées sont super dans mon carnet en papier recyclé avec des fleurs séchées dedans mais n'aident rien à la vie physique.
Et c'est là qu'on retrouve la dualité. Dualité obligatoire dans les réflexions. On ne peut pas tout abstratiser, on ne peut pas parler de la vie d'une manière qui s'applique tellement à tout que le général devient vide de sens. Comme les logiciels de traduction automatiques, créés par nous et toujours incorrects car nos pauvres cerveaux d'humain.es sont incapables de mettre des pensées sur un processus évolutionnaire naturel.
Elle est là la dualité, nous ne pouvons mettre des mots sur notre propre existence car nous sommes incapable d'avoir le recul nécessaire. Nous sommes, et c'est pour ça que nous ne pouvons le comprendre.
Et l'autre coté de la dualité alors. Le coté terriblement personnel, le coté relationnel, humain, immédiat. On en fait quoi ? on en fait quoi quand on est face à une injustice viscérale et qu'on cherche comment s'en sortir, quelque chose pour allévier la sensation ? Littérairement, j'ai envie d'arriver avec une chute, une réponse, je sais qu'en lisant vous vous y attendiez. En écrivant j'avais même l'impression que ça allait arriver. On fait quoi ?
Toutes les sages personnes le diront, la paix repose dans l'acceptation. Mais l'acceptation est-elle compatible avec le militantisme ? Si j'accepte que les injustices existent, est ce que je peux encore mener des luttes contre ? Ma tête vrombonne à une fréquence insupportable, supportable, entre ces réflexions.
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